– Quelle est la philosophie de ce week-end « Plug and play » ?

Ce week-end s’inscrit dans le cadre de la Biennale musiques en scène qui elle-même tournera autour du thème du « divertissement ». De notre point de vue, l’homme moderne est un homme « diverti », dans le sens où sa pensée est de plus en plus fractionnée, sa capacité d’attention de plus en plus difficile à saisir dans la durée. Les nouveaux outils numériques, les téléphones, les tablettes, qui nous accompagnent dans notre vie quotidienne finissent par avoir une véritable incidence sur notre existence : ces appareils nous sollicitent en permanence (par les alertes, les messages …) et nous les sollicitons en retour sans cesse. L’idée est donc de se dire que pour capter l’attention des spectateurs, il faut recréer du contact, faire découvrir de nouvelles choses et surtout faire participer le public, lui donner la possibilité de devenir acteur des œuvres. C’est vraiment ce que nous voulons proposer avec ce week-end « Plug and play ».

 

– Comment allez-vous vous y prendre ?

Cela va notamment passer par les programmes proposés : par exemple, le 5 mars, l’ensemble Links interprétera Music for 18 musicians, de Steeve Reich avec 150 danseurs amateurs qui réaliseront une chorégraphie  de Sylvain Groud et qui auront pour mission d’entrainer la salle avec eux. Autre exemple : la pièce The riot of spring, de Dmitri Kourliandski qui est une œuvre au cours de laquelle les musiciens de l’orchestre quittent leur place et vont à la rencontre du public, discutent avec lui, et confient leur instrument à des gens dans la salle (je précise que nous louerons des instruments à cette occasion !) Et puis en dehors des concerts, nous allons par exemple proposer des battles musicales avec smartphones, qui permettront au public de faire de la musique ensemble, chacun avec son téléphone, grâce à un logiciel élaboré par le Grame qui permet d’associer au geste à un son, le tout étant encadré par un compositeur. Enfin il y aura des choses plus classiques, comme un brunch musical, des massages musicaux, qui auront là encore pour objectif de créer du contact.

 

– Pensez-vous qu’il est nécessaire de repenser, globalement, le rapport à la musique ?

Je pense qu’il faut décomplexer autant que possible le rapport à la musique savante. Il faut désacraliser le concert, peut-être oser parfois casser ce rituel. A l’heure du « zapping » permanent, écouter une œuvre dans son intégralité est presque devenu un acte militant ! Il n’est pas toujours si facile de ne pas sortir son téléphone de son sac durant tout un concert, tout un spectacle. Et encore, contrairement au public de demain, celui d’aujourd’hui n’est pas né avec un smartphone dans la main ! Je pense donc qu’il faut donner des facilités d’accès, repenser le rapport au concert, donner au public la possibilité d’habiter les lieux de la musique (comme le fait beaucoup l’Auditorium, d’ailleurs) pour ne pas prendre le risque de ne plus rencontrer une partie du public qui n’est pas pour autant insensible à la musique.

 

Propos recueillis par Chloé Cambreling